Quelques faits, d'ailleurs signalés par les auteurs présentés dans l'article précédent, vont à l'encontre de cette théorie du chaos auquelle obéirait la lombalgie:

  • Le poids socio-économique de l'invalidité pour lombalgies chroniques est en augmentation exponentielle dans les pays industrialisés. Aux Etats Unis entre les années 1960 et 1980 l'invalidité lombalgique a augmenté 14 fois plus vite que la population et son coût a été multiplié par 27 (alors que le coût de l'invalidité toutes causes confondues n'était multiplié que par 3,5). Parallèlement, les sommes consacrées à la prévention n'ont jamais été aussi importantes.

  • la fréquence de la lombalgie est moindre dans la population rurale alors que les contraintes physiques professionnelles sont plus importantes que dans une population urbanisée.

Si l'apparition, puis son évolution et son éventuelle disparition, d'une lombalgie étaient purement "chaotiques", comment expliquer ce qui précède? L'homme de 1980 a moins de chance que celui de 1960 et la cause infime qui conduirait au lumbago ou pas va toujours dans le sens d'un plus grand risque au fur et à mesure des années?

Ce serait contradictoire. De même, pour le fait de vivre à la campagne ou pas.

Personnellement, j'avance cette explication, qui n'a rien de "chaotique": l'homme de 1960, comme d'ailleurs le campagnard actuel, a beaucoup plus d'occasions de muscler ses dorsaux que l'homme de 1980, a fortiori de 2017, ou que le citadin: jardinage, moins de voitures, moins de positions assises, utilisation d'outils manuels comme la pioche ou la bêche pour les hommes, le battoir pour les femmes, bien moins de sédentarisation, etc...

Si les dorsaux sont musclés, le lumbago se produit bien moins facilement, et quand il se produit, peut se résorber puisque la musculature est présente. Sauf si bien sûr on continue à trop forcer. S'ils ne sont que peu sollicités, le lumbago apparaît dès qu'on fait un effort de la colonne un peu excessif et ensuite, les muscles dorsaux n'étant pas developpés, réapparaît facilement et de manière chronique, même si on ne force pas, ou très peu.

Cette explication est validée par mon expérience personnelle, même si je sais qu'en la matière un exemple est loin de suffire: j'ai toujours fait travailler mes dorsaux, et s'il m'arrive d'avoir des lumbagos, j'en guéris vite et durablement. Le dernier, je l'ai "senti venir" car je savais que je sollicitais trop mon dos: je voulais absolument "mettre à plat" le jardin de la maison familiale avant mon départ pour la Guyane, et, mon temps étant limité, j'ai dû forcer. Quand j'ai eu ce lumbago, j'étais tout sauf étonné.

Du "chaos" là-dedans, de "l'effet papillon"? Assurément non!