NEUROCHIR-Scoliose

Pour ma part, je n’ai travaillé avec le Dr de Mauroy que sur la scoliose chez l’adolescent. 

L’argumentation développée par le Dr de Mauroy était à ce sujet la suivante : 

A un instant donné t1 (une date d1) un adolescent est vu par un médecin orthopédique spécialisé dans la déformation vertébrale. 

Le médecin effectue des mesures de la déformation de la colonne de cet adolescent. Il a donc à l’instant t1 un ensemble de conditions initiales relatives aux positions de chacune de ses vertèbres relevées à l’aide d’un scanner tridimensionnel. Le médecin prescrit alors un traitement (kinésithérapie, corset, …) pour remédier à cette déformation.  

Dans la majorité des cas analysés, le traitement est un échec et aggrave parfois la pathologie. Pourquoi ? 

D’après le Dr de Mauroy et cautionné par moi (pour reprendre votre expression et je confirme je cautionne), l’ensemble de conditions initiales relevées lors de la première visite à l’instant t1 présente un certain nombre d’incertitudes relatives à la position des vertèbres. L’évolution de la scoliose n’est PAS contrairement à ce l’on croit déterministe (et non pas déterministique). Je me permets de vous en rappeler la définition (je sais que vous le savez mais pour que nous soyons d’accord sur la définition). Nous parlons bien ici (vous et moi) du déterminisme au sens du Marquis Pierre Simon de Laplace : 

« Capacité à « prédire » le futur d’un phénomène à partir d’un évènement passé ou présent. » 

L’idée du Dr de Mauroy est que l’on ne peut pas prédire comment va évoluer la scoliose chez un adolescent parce que cette pathologie présente une sensibilité aux conditions initiales. Comment l’a-t-il vérifié ? 

En comparant deux adolescents vus aux mêmes instants t1 (mêmes dates) et présentant les mêmes caractéristiques (même sexe, même âge, même IMC, etc…) (je crois me rappeler que c’était des jumeaux) et surtout ayant un même ensemble de conditions initiales concernant les positions relatives de leurs vertèbres (enfin presque). C’est-à-dire, qu’il existait entre ces deux ensembles de toute petites différences. Le Dr. de Mauroy a donc observé lors de la seconde visite à un instant t2 (une date D2) que les scolioses de ces deux adolescents avaient évolué de deux manières complètement différentes. 

Il a ensuite vérifié ceci sur un nombre très important de cas et cela l’a conduit à faire le rapprochement avec la théorie du chaos. Incontestablement, tous les cas qu’il a analysés présentaient une sensibilité aux conditions initiales qui est une des signatures du chaos.

Il s’est alors intéressé à l’évolution du phénomène qui est également non linéaire. En effet, je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’un adolescent ne grandit pas d’un centimètre par mois durant toute son adolescence. Par conséquent l’évolution du phénomène suit une loi qui ne peut en aucun cas être représentée par des fonctions linéaires du temps. La présence de non linéarités est nécessaire mais non suffisante pour qu’un phénomène soit chaotique.

Enfin, depuis les travaux de Li et Yorke en 1975 « Period Three Implies Chaos » nous savons que le chaos ne peut exister que dans un système à trois variables. Le cas de l’évolution de la scoliose est bien celui d’un système à trois variables d’espace (X, Y, Z). Selon le Dr. De Mauroy, la colonne vertébrale se déforme comme une hélice.  

Donc pour résumer, l’évolution de la scoliose idiopathique chez l’adolescent : 

-          présente une certaine sensibilité aux conditions initiales,

-          est représentée par une fonction non linéaire du temps,

-          implique trois variables d’espace (x, y, z)

 

Ces trois caractéristiques sont bien celles d’un phénomène chaotique. A ce titre j’avais confirmé et je confirme toujours que l’évolution de la scoliose idiopathique chez l’adolescent est chaotique.

Les contre-exemples que vous présentez dans votre blog sont ceux de personnes adultes présentant des lombalgies. Je ne saurais me prononcer de façon aussi définitive sur cette problématique que je n’ai pas analysée.

Le Dr de Mauroy et moi-même sommes ouverts à la critique et à la réflexion sur de nouvelles pistes de recherches. 

Nous vous remercions de nous avoir fait part de vos critiques. J’espère que ma réponse vous aura éclairé sur cette question.

Jean-Marc Ginoux

Maître de conférences (HDR), Université de Toulon (UTLN), Docteur en Mathématiques Appliquées (UTLN), Docteur en Histoire des Sciences (IMJ, UPMC), Laboratoire LSIS, CNRS UMR 7296, Archives Henri Poincaré, CNRS UMR 7117. 

http://ginoux.univ-tln.fr

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