riviere guyane

M'interessant au problème de la pollution par le mercure dans les rivières de Guyane, j'ai découvert il y a peu un article de recherche publié en 2007 qui remet en cause pas mal d'idées concernant cette question.

Vous le trouverez ci-dessous:

Chercheurs_dor_et_contamination_par_le_mercure_de__4_

Voilà ce que j'en tire essentiellement:

Tout d'abord, il faut savoir que par un phénomène de bio-amplification, les poissons du haut de la chaine alimentaire (les poissons carnivores, c'est à dire pour les rivières de Guyane, surtout les pirailles et aïmaras) contiennent dans leurs muscles souvent plus de 1000 fois plus de mercure que le taux présent dans l'eau dans laquelle ils évoluent.

Or les chercheurs qui ont rédigé l'article ont constaté ce fait a priori surprenant:

Que la rivière soit orpaillée ou pas, il n'y a pas de différences significatives pour ce qui concerne la teneur en mercure dans les muscles des poissons du haut de la chaine alimentaire. 

Les rivières orpaillées ayant souvent 10 fois plus de mercure que celles qui ne le sont pas, on pourrait pourtant s'attendre au contraire.

Ils constatent aussi que les poissons carnivores évoluant en aval du barrage de Petit Saut sont beaucoup plus contaminés que les rivières classiques de Guyane, qu'elles soient orpaillées ou pas.

Comment j'explique ces observations?

1- Il y a toujours eu naturellement du mercure dans les eaux de Guyane, même avant la période d'orpaillage: le sol du socle guyanais en contient beaucoup ,10 fois plus que le sol européen, par exemple. Notamment à cause de l'érosion provoquée par les grosses précipitations de la saison des pluies, une partie de ce minerai se retrouve naturellement dans les rivières guyanaises.

2- Il est vrai que l'orpaillage, par l'utilisation du mercure pour amalgamer l'or et par l'utilisation de jets d'eau très puissants pour laver les roches, accentue beaucoup le phénomène.

3- Mais le mercure qui est vraiment toxique est celui qui est méthylisé (MeHg) parce qu'il peut pénétrer dans les muscles, contrairement au mercure organique qui reste stocké dans le foie.

4- Or la méthylisation du mercure ne peut se faire que dans une eau sans oxygène du fait que les bactéries qui provoquent cette méthylisation ont besoin de conditions extérieures anoxyques (= sans oxygène).

5- Cela explique que la colonne d'eau à la sortie du barrage de Petit-Saut contienne beaucoup plus de MeHg que les rivières classiques, puisque l'eau en profondeur en amont du barrage est anoxyque. Et donc les poissons qui y évoluent en ont aussi à un taux record.

6- Par contre le phénomène de méthylisation n'est pas plus important dans les rivières orpaillées que non orpaillées, cela dépendant avant tout des conditions anoxyques qui sont équivalentes dans les deux cas: le phénomène est déjà sans doute à son maximum pour les rivières non orpaillées.

Qu'est ce que j'en tire personnellement comme conclusions provisoires:

Les taux de mercure anormalement élevés trouvés dans les cheveux de la population amérindienne (notamment les Wayanas) du haut Maroni sont certainement antérieurs à la période d'orpaillage. La consommation bi-quotidienne de poissons fait partie de leur culture ancestrale et donc, à mon avis, il y a deux cents ou trois cents ans, donc bien avant l'orpaillage massif, leur cheveux contenaient déjà un taux anormal de mercure sous sa forme MeHg par rapport aux critères scientifiques et médicaux actuels . On ne peut le prouver puisque, sauf miracle, je ne vois pas comment on pourrait retrouver un échantillon non totalement décomposé de leurs cheveux, surtout avec le climat guyanais. Mais c'est la conclusion logique qui s'impose à moi.

Les chercheurs qui ont rédigé l'article cité plus haut observent d'autre part que ces populations, bien que très touchées par le mercure, ne souffrent pas " pour le moment de déficiences majeures, en comparaison par exemple avec les signes cliniques observés lors de l’intoxication de Minamata, au Japon".

J'explique cela sans doute par une immunisation gagnée par la sélection naturelle au cours des siècles d'imprégnation au mercure. Comme d'ailleurs pour les poissons de ces rivières guyanaises qui à ma connaissance sont plutôt très bien formés et en pleine forme malgré le fort taux de MeHg présent dans leurs muscles.

Donc finalement, et je vais sans doute faire bondir les idéologues de la cause écologiste s'ils tombent sur mon point de vue:

Les techniques d'orpaillages préconisées actuellement en Guyane (sans mercure, en circuit fermé et par cyanurisation), notamment pour le fameux projet de la Montagne d'or, sont plus dangereuses pour l'homme et l'environnement que les techniques antérieures:

En effet, "en dépit d'être utilisé dans la production de 90% des mines d'or, la cyanuration de l’or est controversée en raison de la nature toxique de cyanure. Bien que les solutions aqueuses de cyanure se dégradent rapidement a la lumière du soleil, les produits moins toxiques, tels que les cyanates et thiocyanates peuvent persister pendant plusieurs années. Des catastrophes célèbres ont tué quelques personnes – les populations doivent être averties de ne pas boire l’eau ou d’aller près de l'eau polluée - mais déversements de cyanure peuvent avoir un effet dévastateur sur les rivières, tout tuant et polluant parfois pendant plusieurs kilomètres en aval." (citation trouvée dans le lien suivant:  https://www.orobel.biz/info/afrique/orobel/or-cyanuration-cyanurisation-or.html)

Alors que l'utilisation du mercure ou non dans l'orpaillage ne change sans doute pas fondamentalement les données pour les populations améridiennes en jeu.

 

Cela dit, je mets beaucoup de réserves à mon point de vue, car je suis parfaitement conscient que je ne suis pas du tout spécialiste de la question et que je ne raisonne qu'à partir des infos dont je dispose, certainement très incomplètes.

Et d'ailleurs je ne demande qu'à être démenti, si possible avec des arguments solides.

Mais pour l'instant ce sont les conclusions logiques que je tire de cet article de recherche. Article qui  en tous les cas mérite d'être bien mieux connu et pris en compte par les gens s'interessant à cette question.